ITW Isabelle Yacoubou : « J’attends l’équipe de France dans le dernier carré »

ITW Isabelle Yacoubou : « J’attends l’équipe de France dans le dernier carré »

Bientôt maman, Isabelle Yacoubou ne compte pourtant pas s’arrêter et ne fait que marquer une pause dans sa carrière. L’ancienne internationale française s’est confiée sur ses derniers mois et nous donne son regard sur le Mondial qui se joue actuellement.

Ladyhoop : Isabelle Yacoubou enceinte ! Quelle grande nouvelle !
Isabelle Yacoubou : Oui ! Ce n’était pas prévu. D’ailleurs j’avais encore un contrat pour cette année avec option de renouvellement. Après bien sûr que c’est voulu et ce depuis plusieurs. Je suis une femme, j’ai toujours revendiquée mon côté femme et la volonté de fonder une famille. Je m’y attendais pas mais cet évènement est le bienvenu, et plus encore !

Ladyhoop : C’est synonyme de retraite ou de pause dans ta carrière ?
I.Y. : C’est une pause ! J’aime décider des choses qui me concernent et qui concernent mon corps. Je veux pouvoir me dire moi-même : « C’est fini ». Et ce n’est pas une grossesse qui va changer cela. J’ai eu des doutes évidemment. Je sors de ma meilleure saison. Je me disais que ça ne serait pas si mal de finir sur cette belle note. Mais je ne suis pas prête à faire mes adieux.

Ladyhoop : Comment a réagi le club de Schio ?
I.Y. : Le Président a été mis au courant très tôt, au bout d’une semaine. Je voulais qu’ils puissent s’organiser car l’équipe est structurée autour de moi. Il fallait me remplacer assez vite et on était déjà fin juin. J’ai appelé le président qui était fou de joie pour moi. Il m’a dit qu’il espérait que ça sera une fille pour pouvoir la signer plus tard ! Après il m’a fait comprendre que ça mettait le bazar dans l’équipe. Deux semaines plus tard, il m’annonçait la signature de Sandrine Gruda. J’étais très soulagée car c’est une joueuse française et en plus Sandrine !

Ladyhoop : Tout cela arrive en fin de carrière. Est-ce que tu l’aurais imaginé pendant ta carrière ?
I.Y. : Non ! Au départ, je m’étais dit que j’arrêterai avant 30 ans pour avoir un bébé. Hors à 32 ans, je joue mon meilleur basket. Je pensais encore jouer au plus haut niveau un ou deux ans et prendre ma retraite ensuite. Je connais des copines qui ont galéré pour avoir un bébé donc je suis très contente et reconnaissante.

Ladyhoop : Quand tu vois une sportive comme Serena Williams qui revient au plus haut niveau après son congé maternité, ça t’inspire quoi ?
I.Y. : Serena Williams un modèle pour moi, elle l’a toujours été et continue de l’être. Elle a été au top, elle tombe enceinte, elle revient, elle est encore au plus haut niveau mondial. Il n’y a pas qu’elle. Aujourd’hui la maternité dans le sport est plus acceptée qu’avant. Avant on le voyait comme un handicap. Aujourd’hui les gens ont compris qu’on pouvait être compétente même après. Il suffit de voir le cas Ann Wauters ! Les expériences que l’on vit et les moyens à disposition pour préparer le retour, tout a évolué !

Ladyhoop : Pourquoi avoir choisi de retourner à Tarbes ?
I.Y. : Tarbes c’est mon chez moi en France, c’est là que j’ai posé mes valises quand je suis arrivée du Bénin. Pour cette période de ma vie où j’ai besoin d’être entourée, c’est l’endroit idéal.

Ladyhoop : Vas-tu avoir un quelconque rôle avec le TGB ?
I.Y. : Non pas du tout, je serai spectatrice, j’irai voir les matchs mais je vis juste mon congé maternité.

Ladyhoop : Penses-tu déjà à l’après-basket ?
I.Y. : On réfléchit mais il ne faut pas trop vivre dans le futur. Je n’ai pas envie de louper ce que je suis en train de vivre. J’ai attendu ce moment toute ma vie. Je veux être maman depuis que j’ai 20 ans. Je veux vivre ce moment et ne pas être distraite
J’ai arrêté de planifier depuis un moment déjà !

Ladyhoop : Changement de sujet ! Le Mondial a débuté la semaine passée. Ça fait 2 ans que tu as pris ta retraite maintenant. Qu’est-ce que tu ressens à chaque début de compétition quand tu vois les Bleues ?
I.Y. : Quand la prépa commence, rien de spécial. On est mieux à la plage, à l’apéro et aux vacances ! On pense aux copines mais en profitant bien haha. Et avec le début de la compétition, on devient nostalgique. C’est ce que j’aime faire, jouer contre les meilleures au monde. On y repense mais je ne regrette absolument pas ma décision. Je suis les filles, je suis en contact avec elles donc je leur transmets mon soutien. Elles savent qu’on attend beaucoup d’elles et qu’on est derrière elle. C’est une équipe qui compte au niveau mondial. Et il faut qu’elles confirment qu’il faut compter sur elles !

Ladyhoop : Quel regarde portes-tu sur cette équipe de France qui a beaucoup changé ?
I.Y. : Avant le début, je disais que c’était une équipe jeune mais elles sont talentueuses. Le talent, l’insouciance… Ce ne sont plus les Brauqueuses donc elles n’ont pas le poids du passé, à devoir faire quelque chose coûte que coûte. Elles n’ont rien à prouver à personne. Et puis, elles sont encadrées par Endy Miyem et Sandrine Gruda qui seront des joueuses importantes dans des moments clés. Je les attends dans le dernier carré personnellement ! C’est un win or go home ce soir mais elles ont ce qu’il faut pour gagner contre la Turquie.

Ladyhoop : Il n’y a pas que l’équipe de France qui a changé. Il y a eu du turnover dans de nombreuses sélections, le passage de témoin d’une génération à une autre. Que penses-tu du Mondial et des matches qui se sont joués ?
I.Y. : Oui, il y a eu du changement même si certaines résistent ! Maltsi, je pense qu’elle sera là encore longtemps. Je trouve que le niveau général a un peu baissé. On a de très fortes joueuses et des joueuses intermédiaires. Avant, on n’avait pas de superstars, à part quelques exceptions, mais il y avait beaucoup de joueuses fortes. Le jeu a également changé, c’est beaucoup plus athlétique mais j’ai l’impression qu’on perd en qualité de jeu. Team USA toujours au-dessus, Espagne va continuer avec sa nouvelle génération… Il y a les équipes confirmées qu’on attend et il y a les surprises comme la Belgique.

Ladyhoop : L’Espagne nous a offert un finish digne de l’Espagne pour les phases de poule…
I.Y. : Ca ne m’étonne pas. En tant que sportive, je ne l’accepte pas. En France, notre mentalité c’est de jouer tous les matchs. Mais les Espagnols ont toujours fonctionné comme ça, c’est leur culture, ils ne se cachent pas et ils assument. Je pense que si on faisait pareil en France, on n’aurait pas le même résultat car on ne sait pas faire. Pour les Espagnols, ça fait partie du jeu. Ca va contre les valeurs du sport et je trouve personnellement que c’est déloyal. Mais à partir du moment où ça n’est pas interdit, l’Espagne joue avec les règles.

Ladyhoop : Le Sénégal et le Nigéria ont marqué le Mondial par leurs victoires. Etant béninoise, c’est une fierté pour toi d’avoir ces deux équipes africaines qui gagnent leurs matchs ?
I.Y. : Ca a été la première dans l’histoire du basket africain. Ça démontre le travail qui est fait. Le Sénégal et le Mali investissent dans le basket féminin depuis des années et aujourd’hui le monde les voit. Nous avons des talents sur tout le continent africain. Il faut les détecter et leur permettre de s’entraîner dans les meilleures conditions. Elles feront le taf sur le terrain. Il faut que les dirigeants africains y croit et investisse dans le basket, et plus généralement dans le sport féminin.