ITW Diandra Tchatchouang : « J’ai joué avec tellement de grandes joueuses »

ITW Diandra Tchatchouang : « J’ai joué avec tellement de grandes joueuses »

Si la préparation des Bleues en vue du Mondial 2018 ne débutera qu’en juillet, certaines joueuses se sont déjà mises au travail. C’est le cas de Diandra Tchatchouang qui s’entraîne en solo à la Hoops Factory Paris-Villette. Entre deux sessions de shoot, l’ancienne berruyère et recrue du BLMA s’est confiée à nous. Le pourquoi du comment de son départ à Bourges, sa nouvelle aventure à Montpellier, sa complicité avec Edwige Lawson ou encore Romane Bernies… Diandra nous dit tout.

Ladyhoop : Quel bilan tires-tu de ta dernière saison avec Bourges, que ce soit individuellement ou collectivement ?

Diandra Tchatchouang : Collectivement, ça a été une saison riche. On a atteint tous nos objectifs. On aimerait bien passer ce cap des quarts de finale en Euroleague mais bon. Après on a fait une Coupe de France sérieuse, pareil pour la saison régulière. Derrière le 14ème titre ! Ca n’a pas été facile tout le temps mais on a réussi à aller le chercher. Il était attendu. Après à titre individuel, ça a été une saison avec des hauts et des bas. J’ai fait une bonne saison globalement, meilleure que l’année précédente. J’ai été épargnée par les blessures. Après, j’ai passé la saison au poste 4, je peux y jouer mais ça n’est pas mon poste de prédilection.

Ladyhoop : Ce 14ème titre historique, ça représente quoi pour toi qui n’a pas connu l’époque des Demoiselles de Clermont ?

D.T. : J’étais à Bourges depuis 5 ans donc j’ai beaucoup entendu parler du 13ème, on a égalé ce record et on voulait le 14ème pour être vraiment devant. Alors celui-ci aussi on en a entendu parler. Sur la préparation des matches en playoffs, on avait pas forcément ça dans la tête en preier mais on avait conscience de l’importance de ce titre pour le club et pour la ville de Bourges. C’est un plaisir et un honneur d’avoir fait partie de l’équipe qui l’a obtenu.

Ladyhoop : Pourquoi avoir quitté Bourges maintenant du coup ? Après ce titre tant convoité.

D.T. : Pour plusieurs raisons et la raison principale, c’est que je voulais voir autre chose. Ca faisait 5 ans que j’étais là, je pense que j’ai passé de très bons moments. J’ai gagné de beaux trophées et c’est pour cela qu’on joue. J’ai vraiment apprécié la culture de la gagne à Bourges. Mais j’avais besoin de voir autre chose. Comme je l’ai dit, j’étais orienté au poste 4 cette saison et j’avais besoin de retrouver un challenge sportif où on me repositionne sur le poste 3. Je peux jouer 4 mais ce n’est pas ce que je préfère.

Ladyhoop : C’est ce qu’on te proposait à Montpellier donc ?

D.T. : J’avais un contrat en 1+1 avec Bourges. Assez tôt, y’a Montpellier, Villeneuve d’Ascq et Lyon qui se sont positionnés. Bourges voulait que je reste. Les 4 projets étaient intéressants. Mais à Montpellier, je retrouve un coach que je connais bien et j’ai aussi l’occasion d’évoluer aux côtés de très bonnes joueuses.

Ladyhoop : La présence d’Edwige Lawson a joué dans ta décision ? On vous sait proches l’une de l’autre.

D.T. : Edwige c’est une ancienne coéquipière mais avant tout une amie, c’est la famille. Je vais avoir plus de facilités à faire confiance à Edwige qu’à un autre GM. Je connais Montpellier pour y avoir joué, je connais Rachid, j’ai évolué avec la majorité des joueuses avec qui je vais jouer. Y’a un vrai challenge sportif parce qu’on se dit que quand tu quittes Bourges pour Montpellier, c’est comme partir en pré-retraite. Alors que pas du tout, on a une équipe compétitive. En tout cas, les objectifs seront élevés.

Ladyhoop : La France à tous les niveaux, les Etats-Unis en NCAA… Tu as vu pas mal de choses. L’étranger, en Europe, c’est quelque chose que tu envisages ?

D.T. : J’aimerai bien aller jouer à l’étranger, c’est quelque chose qui aurait pu se faire après la saison 2015-2016 où je me suis fait l’autre genou. Ca reste quelque chose que je pourrais faire mais je ne veux pas partir à l’étranger pour partir à l’étranger. Il faut un vrai projet.

Ladyhoop : Quel est ton plus beau souvenir à Bourges ?

Y’en a tellement. (Elle réfléchit)

Ladyhoop : Tu as l’impression d’avoir eu la meilleure équipe à Bourges cette année ?

D.T. : J’ai joué avec tellement de grandes joueuses, je n’oserai pas dire ça. Quand je suis arrivée, c’était Caps, Emmeline, Cathy Joens, j’ai joué avec des étrangères comme Marianna Tolo. J’ai eu la chance de jouer avec de très grosses joueuses. Après c’est vrai que l’année où on gagne le titre contre Villeneuve, on a une superbe équipe.

Ladyhoop : Tu as eu le droit à l’ancienne génération et à la nouvelle génération.

D.T. : Ouais complètement. Je ne pourrais pas dire quelle année a été la meilleure. Mais j’ai senti à chaque fois un sentiment de domination.

Ladyhoop : Comment on gère la pression des résultats quand on joue pour le plus grand club de l’histoire du basket français ?

D.T. : La saison d’avant ça a été compliqué parce qu’on était en difficulté. J’étais là avant et je sais ce que c’est d’être à Bourges. T’as pas le droit de perdre deux matches de suite. La saison dernière, ça a été le cas et c’est difficile à vivre quand tu portes le maillot de Bourges. Quand les gens viennent jouer à Bourges, ils ont peur normalement. Mais quand ils te battent une fois, deux fois, ils abordent les matches avec un état d’esprit différent. Ils sont préparés, pas effrayés.

Ladyhoop : Tu as senti la différence ?

D.T. : Je l’ai senti l’année dernière. Je l’avais jamais senti auparavant. Cette année, ça a été ça l’objectif. Que le Prado redevienne une forteresse. Alors on en a perdu des matchs, notamment en Euroleague. Mais je pense qu’on a quand même retrouvé notre statut.

Ladyhoop : Quelle a été ta meilleure coéquipière ? Sur le plan sportif mais pas que…

D.T. : Je peux en citer 2 ou 3 ? (Elle réfléchit) Alors Endy Miyem déjà. Paoline Salagnac. Et Romane Bernies que je retrouve avec grand plaisir. Je suis arrivée à Bourges, elle avait déjà joué avec les pros mais là je la retrouve dans un rôle différent. Je suis vraiment impressionnée par sa trajectoire. C’est vraiment des joueuses qui sont devenues de très bonnes amies. J’ai eu beaucoup de coéquipières mais si je dois en citer 3, voilà.

Ladyhoop : Quand tu vois Edwige Lawson directrice sportif à Montpellier ou Audrey Sauret GM à Nantes, quel regard tu portes sur l’évolution de la place que l’on accorde aux femmes dans les instances dirigeantes sportives ?

D.T. : Ca évolue doucement certes. Mais je pense personnellement que les joueurs sont bien placés pour occuper certains postes, notamment GM. Un exemple tout bête mais l’intégration à une équipe, c’est un sujet. Pour le coup, Edwige a vu du pays et elle va pouvoir anticiper et voir des choses qu’une personne lambda n’aurait pas forcément capté. Après Audrey qui va être GM à Nantes et qui l’était à Charleville, c’est génial. Au-delà du fait que ce soit une femme dans un milieu d’hommes. Ses compétences sont reconnues à sa juste valeur.

Ladyhoop : Tu étudies à Sciences Po, on te sait engagée… Des projets hors terrain ?

D.T. : Je travaille sur un projet de soutien scolaire dans les quartiers populaires. Je commence à la Courneuve car je suis de là-bas. Le but est de suivre ces élèves qui décrochent mais aussi de pouvoir permettre aux parents de suivre des cours. On est dans un environnement où on a pas mal de personnes issues de l’immigration. Après j’ai quelques projets en Afrique, mais ça sera pour plus tard.

Photo : FIBA