ITW Amel Bouderra : « Il ne m’est jamais arrivé autant de belles choses »

ITW Amel Bouderra : « Il ne m’est jamais arrivé autant de belles choses »

Amel Bouderra a vécu une folle année 2016. Tout s’est enchaîné très vite pour la joueuse des Flammes : playoffs avec Charleville, titre de MVP française en LFB, premiers stages en Equipe de France puis premier match officiel aux Jeux Olympiques de Rio. Et ça ne s’arrête pas pour la meneuse, avec un début de saison de feu (plus de 15 points et 7 passes décisives en moyenne par match), et une invincibilité en Eurocup. Amel Bouderra revient pour nous sur son année 2016.

Ladyhoop : Quand tu regardes ton année 2016, qu’est-ce que tu te dis ?

Amel Bouderra : C’était une année incroyable. Il ne m’est jamais arrivé autant de belles choses concernant le basket. Collectivement, le top 4 avec Charleville… et puis ma première sélection en Equipe de France, les Jeux… Et en plus, avec ce super début de saison en Eurocup, ça ne se termine pas !

LH : Tu t’es rendue compte de tout ce qui t’arrivait cette année ? Car tout s’est enchaîné rapidement…

AB : Non, tu ne t’en rends pas compte quand les choses s’enchaînent aussi vite. Tu n’as pas le temps d’y penser. Surtout que là, même après l’été, il y a encore beaucoup de choses qui se passent, avec d’autres objectifs.

LH : Revenons à chaque étape de ton année. Parle-nous de cette qualification en playoffs de LFB, avec la 4e place de Charleville.

AB : A partir de février, quand on a gagné des gros matchs, Bourges chez elles puis Villeneuve d’Ascq dans la même semaine, les playoffs sont devenus un objectif. Quand le top 8 était acquis, on s’est dit « pourquoi pas continuer ? ». Pour le top 4, on a aussi eu une part de chance, car on n’avait pas notre destin entre nos mains, cela dépendait du match de Nice. Si on n’accrochait pas le top 4, on n’aurait pas été déçues. Mais le groupe était ambitieux.

LH : Ce titre de MVP française, tu t’y attendais après la saison que tu as fait ?

AB : Pas du tout. En plus, je l’ai su en recevant des messages de personnes qui me félicitaient. C’est une reconnaissance individuelle donc forcément, ça fait plaisir. Mais pour moi, c’est aussi une vrai reconnaissance pour toutes les années de travail de mon coach, de mon club… Ce sont eux qui m’ont poussé vers le haut.

LH : Et tu es prise en pré-sélection en Equipe de France.

AB : ça aussi, c’était une grande surprise. Je ne m’y attendais pas. La dernière fois que j’ai été appelée en Equipe de France, c’était en moins de 20 ans, jamais en A. C’est beaucoup d’émotions et de fierté, mais aussi du stress. Pour certaines, ces stages de prépa, c’est une formalité, elles ont l’habitude. Moi, j’avais envie de montrer des choses. Mais sans trop me mettre la pression. Car parfois, quand on se met trop la pression, tu gâches tout. J’ai pris les entraînements et les matchs les uns après les autres, en donnant mon maximum.

LH : Tu es coupée du groupe France juste avant le Tournoi Qualification Olympique. 

AB : J’ai regardé le TQO à la télé. Quand j’ai été coupée, j’ai eu un entretien avec Valérie Garnier qui s’est très bien passé. J’ai beaucoup appris de cette expérience en Bleue. Forcément, tu as toujours envie d’aller au bout, mais j’étais tellement heureuse d’avoir été appelée…

LH : Mais juste avant les Jeux, Céline Dumerc, la capitaine incontournable des Bleues se blesse. Quelques heures avant la cérémonie d’ouverture des Jeux, tu débarques à Rio…

AB : Tout est allé très vite. J’allais partir en vacances, et je me retrouve à la cérémonie d’ouverture des Jeux avec le lendemain, le premier match de la compétition. C’était une grande chance mais en même temps, une grande pression. C’est ma première compétition officielle en Equipe de France et je me retrouve à « remplacer » l’icône du basket féminin français. En plus, la fatigue du décalage horaire et du voyage se ressentait. C’était beaucoup d’émotions. Mais on ne va pas se mentir, les Jeux, c’est le rêve de tout sportif. C’est un merveilleux cadeau. Les JO, c’est un autre monde.

LH : Cette défaite pour la médaille de bronze face à la Serbie, il y a toujours des regrets ou tu as tourné la page ?

AB : Il y a aura toujours des regrets d’être passé tout près d’une médaille olympique, de vivre ça…

LH : S’il n’y avait qu’une chose à retenir de ces Jeux Olympiques, qu’est-ce que ce serait pour toi ?

AB : (hésitations). Mais première sélection officielle. Porter le maillot de l’Equipe de France, c’est fou. Les Jeux, tu ne t’attends jamais à ce genre de choses. Être dans le même immeuble que Tony Yoka, Nikola Karabatic ou Teddy Riner, manger à la cantine à côté de Manu Ginobili… C’est anecdotique mais quand tu croises ces grands champions à la salle de muscu, tu as le sentiment d’être égal à eux, en tant que sportif olympique. Tu en oublies qu’ils peuvent être triple médaillés olympiques, c’est fou. Je ne parle même pas des cérémonies d’ouverture et de fermeture qui étaient géniales…

LH : De retour en club avec Charleville, l’euphorie n’est pas retombée, vous réalisez un départ canon. Avec une invincibilité en Eurocup !

AB : On a un bon groupe encore, on est très soudées. On surfe sur la vague de l’an dernier. Cette équipe a du mental. Comme lors de notre dernier match de l’année, contre Wasserburg. Pour assurer la place de 1er du groupe, on savait qu’il fallait gagner de 18 points. Eh bien, cela s’est joué jusque dans les dernières secondes, mais on est allé les chercher ces 18 points d’écart. Là, tu te rends compte de l’envie de l’équipe.

LH : Tu parles souvent des supporters de Charleville, ils vous ont porté encore plus cette année ?

AB : Ils sont toujours là. Même en déplacement. En Allemagne, ils étaient 4, avec les drapeaux des Flammes, dans une salle pleine. Ils font tellement pour nous. C’est un club familial. Certains bénévoles sont là depuis 15 ans, d’autres se sont engagés cette année.

LH : As-tu quelque chose que tu regrettes, ou quelque chose que tu ferais autrement avec le recul ?

AB : (après avoir réfléchi). La demi-finale des playoffs contre Montpellier, on n’a pas su l’aborder correctement. On était tellement impressionnées par cette équipe de Montpellier, et on était fatiguées de notre saison. Attention, je ne dis pas qu’en l’abordant différemment, on aurait gagné, car le BLMA avait une équipe intouchable. Entre nous, on les appelait les « Monstars », comme dans Space Jam. Mais ça aurait été bien qu’on l’aborde différemment.

LH : Pour résumer ton année 2016 ?

AB : Le club de Charleville, je le dis souvent, c’est ma vie, c’est ma famille. Je suis juste heureuse de ce qui peut arriver de bien à ce club. Et je suis heureuse de tout ce qui s’est passé pour Charleville cette année.

LH : Tes objectifs pour 2017 ?

AB : Continuer sur la même lancée. Terminer dans le top 4 avec Charleville. En Eurocup, passer le prochain tour. Après, aller le plus loin possible pour continuer l’aventure européenne.

LH : Et individuellement ?

AB : Rester constante sans connaître de chute ou de gros passage à vide. L’Equipe de France, forcément j’y pense un peu. Une fois que t’y a goûté, tu as envie d’y retourner. Mais l’Euro est encore loin.

Crédit photo : FIBA